La présentation du livre



Il y a neuf mois qu’au pied du monument aux morts de notre village, nous avons commencé le travail qui se concrétise aujourd’hui. Pour beaucoup des élèves de cette classe, c’était la première fois qu’ils levaient les yeux vers les noms et les dates gravés dans la pierre. Qui pourrait les en blâmer ? Adultes, une ou deux fois par an, nous nous rendons au monument pour un hommage officiel et nous lisons des noms qui n’évoquent rien ni personne à nos mémoires, nous estimons avoir fait notre devoir.

Pourtant, comme le disait Ferdinand Foch, maréchal de France : « Si un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ». Il importe donc aux générations présentes de raviver la flamme vacillante du passé pour la transmettre, plus claire et plus brillante aux générations suivantes. Nous devons préserver et transmettre la mémoire de ceux qui sont morts en pensant à nous, sans nous connaître. Ces hommes, après tout, ces hommes partis de leur village en ce mois d’août 1914, ont combattu, souffert, sont morts pour un avenir qu’ils souhaitaient plus radieux. Ils ont fait le sacrifice de leur jeunesse, de leur santé, de leur vie pour que cette guerre soit la dernière des guerres, comme si la guerre était un moloch assoiffé de sang qu’il suffisait de gaver une seule fois pour qu’il soit repu à jamais. L’histoire, hélas, n’a pas retenu la leçon et certains de ceux-là, abreuvés d’esprit de revanche ont à nouveau plongé le monde dans une nouvelle tuerie.

Parce que les morts ne meurent pas quand ils descendant dans la tombe, mais quand ils descendent dans l’oubli, nous sommes partis à la recherche des traces de ces hommes dans les chemins de mémoire. Dans les archives de notre village, du département, du ministère de la Défense, nous avons retrouvé des fragments de leur vie, de leurs souffrances et leur mort parfois.

Nous les avons suivis dans ces batailles de la Grande Guerre l’Alsace, la Marne, les Vosges, l’Hartmannswillerkopf, la Somme, Verdun, le Chemin des Dames, les Flandres batailles aux noms de sang, de souffrance et de sacrifice, comme une litanie d’horreurs, comme une boucherie sans nom.


Au pied du monument aux morts, chaque élève dépose un bouquet tricolore à la mémoire de l'un des 32 poilus morts pour la France.

Nous les avons imaginés, d’après nos lectures, affamés, assoiffés, épuisés, tremblants de froid et de fièvre dans la boue des tranchées, tremblants de peur dans les minutes précédant l’assaut dont on sait qu’on ne reviendra pas. Nous les avons vus, quittant ce village qui est le nôtre aujourd’hui, ces gamins de 20 ans, ou ces hommes mûrs paysans pour la plupart, appelés au sacrifice suprême….

Les noms de pierre du monument, au fil de nos travaux prenaient humanité, devenaient des noms d’hommes. Il ne leur manquait que des visages que le passé ne leur donnait plus, alors nous avons fait leur portrait imaginaire et enfin, Ernest, Léon, Emile Louis, Adolphe, Benoît et tous les autres sont sortis de l’ombre du passé.

Aujourd’hui nous avons ranimé la flamme de leur souvenir. Pour quelques années encore, ils ne seront pas oubliés. Tant que durera le papier de ce livre, on ne pourra plus dire je ne les connais pas. En regardant leurs noms de pierre sur le monument, les habitants de ce village sauront qui ils étaient, ce qu’il advint d’eux, ce que fut la tourmente dans laquelle ils furent engloutis. C’était le but de ce projet, nous l’avons atteint.

Ceux qui par leur travail, leur ténacité, leur implication ont réussi ce pari, ce sont des enfants de ce village.


Les élèves du CM1/CM2 présentent leur livre.


Il est des moments de joie parfois trop rares dans la vie des enseignants, ce sont ceux où l’on voit que le grain qu’on a semé a bien levé. C’est souvent au hasard d’une rencontre, quelques années après avoir quitté ses élèves. Aujourd’hui, Je crois que le grain a bien levé et je n’attendrai pas, je leur dis : « je suis très, très fier de vous et je vous dis bravo ! Nous disions tout au long de ce travail "Yes, we can ! " Oui, vous l’avez fait et bien fait. »
Jean-Michel Choplin, maître d'école.


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